L’AAM CHEZ LES FAUVES

(Chatou le 15 juin 2005)

 

 

 

Mets tes jupes en cretonne

                                Et ton bonnet, Mignonne

Nous allons rire un brin

De l’art contemporain

Et du salon d’Automne

        (Guillaume Apollinaire – 19 octobre 1907)

 

  Pour le 15 juin 2005, le « Comité loisirs » de l’AAM  nous a organisé une journée de visite de l’Ile des impressionnistes, à Chatou (78).

Après un déjeuner très apprécié, pris sur place au restaurant Fournaise, une guide a accompagné une vingtaine de météos au Musée Fournaise, objet principal de la sortie.

Dans ce musée, se tenait alors une exposition temporaire intitulée « A la belle époque des fauves ».

Cette exposition était organisée par une association (les amis de la maison Fournaise), dont le siège social est domicilié à l’Hôtel de Ville de Chatou.

L’île de Chatou, carrefour des artistes, a connu, dès le milieu du 19ème siècle, une grande célébrité du fait d’une intense fréquentation, dès les beaux jours, par nombre de personnages du monde des arts, du spectacle, de la littérature, voire de la politique….

  Du point de vue pictural, c’est le « clan » dit des impressionnistes qui a d’abord pris possession du site. Tout ce beau monde trouvait motif à canotage, repas joyeux et, de plus en plus pour certains, à s’y installer pour exercer leur art.

  C’est la dynastie Fournaise qui, pendant 50 ans et, partant d’un simple atelier de bateaux et d’un ponton sur la Seine, a finalement réussi à mettre à la disposition de peintres, sculpteurs, céramistes, dessinateurs, graveurs, photographes, tout un ensemble architectural.

  Cette époque faste durera de 1857 à 1907 et l’ïle y vit défiler des noms célèbres.

  Citons :

- des littéraires : Guy de Maupassant, avec au moins 5 romans rédigés sur place ; Guillaume Apollinaire, un habitué.

  - des peintres : Auguste Renoir qui y brossa une trentaine de toiles dont le célèbre « déjeuner des canotiers » ;Claude Manet, Camille Pissaro, Edgar Degas,

- et les nombreux congénères de la fin du siècle que nous évoquerons à propos du salon d’automne.

 

Le mouvement Fauve

  Durant environ une quinzaine d’années (1890 à 1905) un clan d’artistes turbulents et résolument innovateurs s’est créé autour du « pôle’ Fournaise ».

  André Serain, Eugène Carrièrre, Georges Desvallierès et surtout Maurice de Vlaminck qui a su forger et animer l’équipe chargée de faire reconnaître cette nouvelle école ; ni plus ni moins qu’en faisant accrocher leurs œuvres les plus représentatives dans un grand salon parisien. (Depuis 1900, ce salon se tenait au Grand Palais, au printemps de chaque année).

 

  Le fauvisme (cette appellation n’est utilisée couramment que depuis 1907), avait inventé une nouvelle présentation des œuvres picturales. Le but, était de rompre résolument avec le style trop académique, trop figuratif et pompeux des œuvres acceptées au salon de printemps.

  Les « Fauves » étaient certes très respectueux des formes et de la perspective mais, par contre, ils jouaient de manière très arbitraire et très « exaltée » avec la couleur.

Leurs œuvres étaient marquées d’une grande agressivité dans les coloris, par le choix d’une dominante « criarde », souvent avec des camaïeux, de bistre, ocre et brun (Carrière) ou de rouges (d’Espagnat ou Valtat).

  Après maintes péripéties et tergiversations, l’équipe de Maurice de Vlaminck a réussi à obtenir de la part des services officiels l’accès à une salle d’exposition au Grand Palais et, qui plus est, à une période autre que celle du sacro-saint salon de printemps, c’est à dire en automne.

Nous étions en 1903 mais la date la plus marquante fût 1905, car à l’automne de cette année là, au centre du Grand Palais, la salle VII , restée très célèbre, a été la scène de remous mémorables.

  Au centre, Albert Marque avait installé une de ses sculptures, un buste angélique (style Donatello) qui contrastait volontairement avec les débauches à tout va de couleurs provocantes de 39 tableaux, sorte de défi aux prises de position sectaires de la presse et des critiques d’art, réactions qui se firent carrément violentes dès le vernissage.

  C’était une cabale rappelant la « bataille d’Hernani ». Le ton avait été donné, à la vue de la statue d’A. Marque, par un critique outragé : « la candeur de ce buste surprend au milieu de l’orgie des tons purs ».

Autres remarques : « Donatello parmi les fauves. », « La cage aux fauves. »

Il ne manquait qu’une majuscule pour donner le nom de Fauves, puis de fauvisme à ces courageux innovateurs.

  L’exposition de Chatou en 2005 a célébré de belle manière le centenaire du moment culminant de cette « belle époque des fauves »

 

Nous remercions vivement Noëlle Desplat, (association Sequana), pour son accueil à notre demande de visite un peu ‘spéciale’ et aussi notre charmante guide Gwenaëlle Walther pour la clarté de ses commentaires, son extrême amabilité et ….. sa patience.

 

Georges CHABOD