Albert
Chaussard nous a quittés.
Il est très difficile de se faire à l’idée qu’Albert
Chaussard ne sera plus des nôtres lors des prochains déjeuners des Franciliens
ou que nous ne recevrons plus les notes très détaillées qu’il nous envoyait
après lecture des documents soumis par les candidats au prix Patrick Brochet,
ou enfin, tout simplement, que nous n’entendrons plus sa voix lorsqu’il nous
contait l’un de ses nombreux souvenirs de carrière.
Albert Chaussard nous a donc quittés le 19 juillet.
Je voudrais, avant toute autre chose, dire à son épouse Geneviève combien
cette disparition nous a touchés, nous ses amis, et que, directement pour ceux
qui étaient à Paris et qui ont pu
assister à ses obsèques, ou indirectement pour les autres, nous avons pensé
à elle et à ses enfants en cette circonstance. Qu’elle nous permette une
fois encore de lui présenter nos condoléances. Nous restons prêts à
l’aider à combler le vide créé par la mort d’Albert, pour autant que cela
soit possible.
Albert Chaussard après ses études secondaires au
Lycée de Chatillon sur Seine et ses études supérieures à l’Université de
Dijon, est entré à la Météorologie Nationale en 1948, en tant qu’Ingénieur
Adjoint des Travaux Météorologiques.
Ce raccourci ne dit pas combien cette période a été
plus difficile qu’il n’y paraît. En effet Albert a dû financer ses études
en étant maître d’internat dans différents lycées, Joigny puis Dijon,
jusqu’en 1944. Puis, c’est le maquis, la « forêt » comme il
aimait à dire. On enchaîne sur le service militaire, l’admission à Coëtquidan,
en 1946, sa démission de l’armée et le retour à l’université. Reprise de
sa licence, toujours en étant maître d’internat à Semur en Auxois puis à
Troyes.
En 1948 le voici donc à la Météorologie Nationale.
En même temps que sa formation à l’ENM il termine, à Paris Sorbonne, sa
licence d’enseignement en Mathématique suivie par un DESS en Physique Mathématique.
Nanti de son diplôme il présente le concours extérieur d’Ingénieur de la Météorologie
en 1950. Il est intéressant de noter que pendant sa formation d’Ingénieur il
effectue deux rotations sur les navires stationnaires météorologiques, Le
Verrier et Le Brix, en tant que chef de station. C’est au cours de la rotation
du Le Brix, sur lequel était embarqué notre ami Jacques Darchen, qu’il a
l’occasion de rencontrer Jacques Yves Le Toumelin qui fit une très courte
escale sur sa route vers Le Croisic, point final de son tour du monde en
solitaire.
Il est nommé Ingénieur de 2ème classe
le 1er octobre 1952, commence alors sa carrière.
Après un passage à la prévision, il part Outre-Mer,
comme cela était obligatoire pour tous les jeunes Ingénieurs de l’époque.
Affecté à Madagascar il va, jusqu’en 1964, y tenir plusieurs fonctions dont
celles de Chef du Bureau prévision puis de Chef du Bureau Recherche qu’il a
d’ailleurs créé. C’est dans ces dernières fonctions qu’il a étudié
puis publié ses idées sur les cyclones tropicaux. A cette occasion nos chemins
se croisent pour la première fois, en 1964, où j’ai le plaisir d’aller écouter
une conférence sur le résultat de ses recherches, justement sur les cyclones
tropicaux.
En 1964 il est affecté à Papeete en tant que Chef
du service Météorologique du Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP) et
Conseiller de l’Amiral commandant le Groupement Opérationnel d’Expérimentation
Nucléaire. Chacun se souvient de l'excellente publication qu’il a faite dans
Arc-en-Ciel. Je vous renvoie donc à cette publication pour les détails. Entre
temps, il est nommé Chef du Service Météorologique de l’Aviation Civile
fonction, qu’il cumule avec celle du CEP.
En 1969 il est nommé à MN/OM, à la section
Exploitation, et devient conseiller technique du Général Directeur des Centres
d’Expérimentations Nucléaires.
En 1971 il devient Chef de MN/OM fonction qu’il
conservera jusqu’en 1975 où il est chargé des fonctions de Sous-Directeur à
la direction de la Météorologie Nationale. C’est à ce poste que nos chemins
se croisent à nouveau en 1982.
En août 1982, il rejoint l’Inspection Générale
de l’Aviation Civile et de la Météorologie
où, en 1983, il est nommé Président de la Section Météorologie. Il y
restera jusqu'à sa retraite en août 1986.
Au cours de ce parcours, il a bien entendu franchi
toutes les étapes du corps : ingénieur en chef en 1966 puis ingénieur général
en 1974.
Au passage, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur
en 1966, Officier dans l’Ordre National du Mérite en 1974.
Il reçoit la Médaille de l’Aéronautique en 1978
et la Médaille d’Honneur de l’Aéronautique (OR) en 1985.
Je voudrais revenir un instant sur la période, à
partir de 1982 où nous avons travaillé ensemble.
Je ne serai jamais trop reconnaissant à Albert pour
l’aide qu’il m’a apportée. Après presque huit ans passés hors de France
et du quotidien de la Météorologie Nationale il m’a permis de reprendre
contact avec les réalités. Lorsqu’il trouvait que je m’engageais dans une
voie qui lui paraissait périlleuse il avait l’art, sur son ton très calme,
de me montrer les dangers à prendre telle ou telle décision et, s’il se
trouvait que je persistais dans mon choix, il le faisait sien sans aucune
restriction. Aussi lorsqu’il m’a demandé, après avoir pendant sept ans
occupé cette fonction très lourde de Sous-Directeur, de lui trouver un poste
moins exposé j’ai été très ennuyé de le laisser partir. Pourtant, je
voyais qu’il était fatigué et que le temps était venu pour lui d’occuper
un poste moins exigeant. C’est pourquoi j’acceptais qu’il rejoigne l’Inspection
Générale. Ici encore, je dois dire qu’il m’a été d’un grand secours.
Ses rapports m’ont toujours été d’une grande aide que ce soit à la suite
des inspections de routine ou lorsqu’ils répondaient à une mission particulière
que je lui avais confiée.
Avant de terminer je voudrais redire qu’Albert, très
sérieux dans son travail, savait être de très bonne compagnie dans la vie non
professionnelle. La plupart d’entre nous ont eu l’occasion de le constater
et chacun se souvient encore de la manière magistrale dont il avait organisé
le voyage de l’Association dans son pays, la Bourgogne. Encore une fois, sur
un plan plus personnel, mon épouse et moi-même gardons un très bon souvenir
de certaines soirées passées en sa compagnie et celle de son épouse Geneviève
lors de missions à Genève.
Un grand serviteur de l’Etat et pour nous un grand
ami nous a quittés. Nous en garderons le souvenir vivant.
Jean Labrousse