VISITE A L’HÔTEL MATIGNON

 

Le 17 mars 2007, à partir de 8 heures trente, des groupes de personnes se présentent en ordre dispersé rue de Varenne à Paris. Le service d’ordre sur place commence à se poser des questions : qui sont ces gens de plus en plus nombreux ? Une manifestation ? Pourquoi un service d’ordre à cet endroit pourrait-on se demander ? Mais bien sûr ! Rue de Varenne, c’est là que réside le Premier Ministre en l’hôtel Matignon

Le groupe de visiteurs augmente (il atteindra 45 personnes), c’est trop pour rester devant l’entrée. Le service d’ordre nous conduit aimablement au coin de la rue pour patienter, cela évitera de gêner le va-et-vient incessant, ponctué par l’ouverture du porche (voiture, motos …).

Enfin, l’heure de la visite sonne. Nous entrons par petits groupes de 5-6 personnes dans un sas : vérification de l’identité, passage au détecteur de métaux et attente dans la cour d’honneur. Sur un mur, un panneau nous informe que les photos sont interdites.

Un Conservateur du Patrimoine nous accueille. Après quelques mots de bienvenue, il commence par un exposé sur l’histoire du site. C’est en 1719 qu’un maréchal de France – Charles-Louis de Montmorency-Luxembourg achète le terrain et confie la réalisation d’un hôtel particulier à l’architecte Jean Courtonne (1671-1739). Avant l’achèvement des travaux, le domaine est vendu à Jacques de Matignon, Prince de Monaco. C’est ce nom qui restera attaché à cette magnifique propriété. Son architecture est de style purement parisien et ses décors sont prévus pour un maréchal, telles les armes sculptées autour du balcon. En 1793, l’hôtel, mis sous séquestre, est dévasté et pillé. Il faudra attendre 1802 et le rachat par M. Quentin Crawford, riche Ecossais, pour que les bâtiments soient restaurés. En 1808, l’hôtel est acheté par Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, Prince de Bénévent. En 1812, Napoléon 1er en devient le propriétaire pour 1 280 000 F. Trois ans plus tard, Louis XVIII l’échange contre le Palais de l’Elysée. La sœur du futur roi Louis-Philippe, Madame Adélaïde, hérite de l’hôtel Matignon en 1822 ; En 1852, après 139 ans d’existence, un septième propriétaire s’installe sur le site : le duc et la Duchesse de Galliéra. Ce sont de grands mécènes qui participent à hauteur de 40% au financement du canal de Suez. Faute d’héritier, la duchesse de Galliéra lègue l’hôtel de Matignon à François-Joseph, archiduc d’Autriche (l’époux de « Sissi »), qui y installe l’ambassade d’Autriche-Hongrie en 1886. Après le 1er conflit mondial, la propriété est cédée à la France au titre des dommages de guerre. En 1934, le Président Doumergue propose au Président du Conseil de s’y installer ; Monsieur Frandrin est le premier. Le Secrétariat général du Gouvernement le suit de près. En 1936 : les discussions et les signatures des accords, en particulier ceux relatifs aux congés payés, se font à Matignon (d’où leur nom : accords de Matignon).

En 1940, le Gouvernement de Vichy occupe les lieux, suivi en 1944, par le Gouvernement provisoire de la République Française sous l’égide du Général de Gaulle. Les Présidents du Conseil se suivent dans les locaux à partir de 1946 ; Enfin, suite à la promulgation de la Vème République, l’Hôtel Matignon devient la demeure du Premier ministre français ; le premier sera Michel Debré, en janvier 1959. A vous de refaire la liste jusqu’en 2007 … Voilà pour les occupants historiques, passons aux salons.

La visite commence par la Galerie du Conseil ou Grande Galerie. C’est en cet endroit que se préparent les réunions, les textes officiels … C’est un lieu d’échanges entre le Premier Ministre et ses conseillers ou entre conseillers. Les réunions se déroulent deux fois par semaine. Cette vaste salle comporte une grande table adaptable aux nombres des invités. Elle permet de recevoir 58 convives maximum aux repas officiels, repas minutés ‘comme toutes les activités à Matignon), limités à 45 minutes « assis », auxquels il faut ajouter apéritif et café, le tout terminé en une heure quinze, quelque soit le rang des invités. Ensuite, tout le monde dehors ! Cette salle est ornée d’une tapisserie des Gobelins, commandée par Louis XV en 1768, pour Madame Adélaïde. Elle représente une histoire de don Quichotte. D’autres tapisseries de cette série se retrouvent en Russie (10) ou en Grande-Bretagne (4). Elles étaient offertes en cadeau de l’Etat.

La Grande Galerie s’ouvre sur un parc de 3 hectares qui a le privilège d’être le parc privé le plus grand de la capitale. Au passage, signalons que celui de l’Elysée couvre un hectare de moins. Le parc de l’Hôtel Matignon, tel que nous le voyons actuellement, a été dessiné en 1903, par Achille Duchêne à qui l’in doit les jardins de Vaux le Vicomte. Il offre une perspective « à la Française » bordée de massifs « à l’Anglaise » (pour masquer les voisins).

Raymond Barre fut le premier à y ajouter un arbre ; depuis, ses dix successeurs ont fait de même. De ce coté, la façade est beaucoup plus imposante car « délivrée » des communs. La terrasse qui borde la façade côté jardin peut être couverte en cas de manifestation importante. Le manque de place est, en effet, un des problèmes de l’Hôtel Matignon.

Voisin de la Grande Galerie, se trouve le Salon Jaune. Sous les IIIème et IVème Républiques (de 1935 à 1958), ce Salon Jaune est le bureau du Président du Conseil. Actuellement, il est le lieu de 1 800 réunions par an, soit 8 par jour ! Il doit son nom aux murs tendus de soie jaune. Il comporte une tapisserie des Gobelins qui représente la naissance d’Apollon et de Diane ; elle a été tissée en 1692, pour Louis XIV, d’après des décors réalisés par Pierre Mignard.

Nous visitons ensuite le Salon Bleu ou Cabinet Doré des Princes de Monaco. Il est situé sous le bureau du Premier Ministre actuel (Dominique de Villepin, en voyage officiel à ce moment là, ce qui nous a permis d’avoir l’autorisation de faire cette très rare visite). Les murs sont décorés de boiseries sculptées et dorées, représentant des coquilles, des dragons, des rocailles … réalisées par Michel Ange vers 1724 ; Le dessus des portes est décoré de scènes de la vie des Chinoises, l’exotisme étant « très mode » à l »époque. Le nom de Salon Bleu n’est pas dû à la couleur de soie sur les murs (rappelez-vous, ce sont des boiseries) mais à la couleur des soieries recouvrant les sièges Louis XV. C’est actuellement le lieu des rencontres officielles. Comme les repas, qui suivent généralement, les visites, sont chronométrées : 40 minutes de discussions préparées, entrée de la presse, photos … puis très rapidement, uniquement la presse officielle pour les photos des signatures et ensuite éventuellement repas (se reporter au paragraphe de la Grande Galerie pour les détails).

La visite se poursuit dans le Salon Rouge, l’ancienne salle du trône des Princes de Monaco. Ce salon s’est enrichi sous les Galliéra de 6 mosaïques italiennes  en pierre dures semi-précieuses, des pièces uniques, qui participent au décor de la pièce avec 2 immenses miroirs et 2 plus petits qui renvoient les perspectives à l’infini. Un lustre de Baccarat de 300 kilos complète le décor. Cette est également désignée sous le nom de Salon des « 5 minutes ». En effet, chaque visiteur officiel a un répit de 5 minutes inscrit au protocole, dans ce salon, entre l’entrée par le perron et l’entrevue avec le Premier Ministre. N’étant pas considérés comme visiteurs officiels, nous n’avons pas eu ces 5 minutes protocolaires ; notre guide s’en est excusé.

Nous sommes maintenant dans le Vestibule. Il fait partie de l’entrée officielle de l’Hôtel Matignon. C’est ici que sont reçus les hôtes de marque. Il a la particularité d’être réalisé entièrement en pierre. Il est orné de niches, de pilastres et de statues. Son sol est en marbre polychrome. Ce vestibule s’ouvre sur les salons de réception.

La visite se poursuit par la traversée de l’ancienne salle à manger du 18ème siècle, décorée par 2 tapisseries des Gobelins et par 2 portraits du peintre de Largillière. Elle sert actuellement de salle d’attente.

Pour terminer, nous nous arrêtons devant le Grand Escalier qui mène au bureau du Premier Ministre. Sa rampe en fer forgé date de 1724. La salle est éclairée par une magnifique lanterne de style Louis XVI provenant du château de Compiègne. Placards et boiseries sont entièrement peints en faux marbre. Un Garde Républicain accueille les visiteurs. C’est lui que l’on voit toujours lorsque des images sont prises par la télévision.

La visite s’achève dans la Cour d’Honneur ; Tous les participants sont enchantés de leur matinée.

 

Odile Caniot

 

Lors de notre passage dans la Galerie du Conseil, nous avons eu droit à une petite séance de « questions-réponses » avec le Conservateur du Patrimoine.

Parmi les questions diverses soulevées par les participants, nous avons relevés les sujets suivants :

- Que se passe-t-il lorsque le nouveau Premier Ministre s’installe à l’Hôtel Matignon :

« L’ancien maître des lieux et ses proches collaborateurs ont 3 heures pour quitter l’Hôtel Matignon ».

- Particularités des archives de Matignon ?

« Les archives restent secrètes pendant 40 ans. Les comptes-rendus remis à la presse n’ont parfois peu à voir avec la réalité ! »

- Le personnel ?

« Il travaille 365 jours sur 365. Il se compose de 350 employés dont 60 personnes chargés de préparer les déplacements et les réunions du Premier Ministre ».

- Les activités habituelles ?

« Chaque mardi, on procède à la remise de décorations. Il s’agit de 3 Légions d’Honneur et de 3 médailles du Mérite. »

- Les repas ?

« Il n’y a pas de restaurants réservé aux personnel. Les employés reçoivent à leur place un plareau-repas ».

- Qui remplace le Premier Ministre en son absence ?

« Un ministre, mais pas nécessairement le Garde des Sceaux (ministre de la Justice) comme du temps du général de Gaulle ».