

Régulièrement dans notre bulletin « Arc en Ciel » nous publions des souvenirs concernant les hommes, les sciences ou les techniques qui ont marqué le développement de la météorologie ; il en est de même dans les numéros spéciaux d’"Arc en Ciel" (voir rubrique "dossiers").
Nous souhaitons accueillir dans ces pages internet, notamment, des images du temps passé (par exemple, des collègues au travail ou des situations météorologiques remarquables) mais aussi vos anecdotes.


Liège 1947

carte station météo (Roumanie 1955)
Nous comptons donc sur vous !

SOMMAIRE:
E.N.M. à Bois d'Arcy (décembre 1965)
30° anniversaire du "Cercle Laplace"
Expédition polaire au Groenland (1948-1949)
Michel Hontarrède honoré par l'Académie de Marine
James Stagg (débarquement du 6 juin 1944)

Cette vue date de Décembre 65. C'était assez sinistre mais des générations de météos sont passé par là.! (Robert Dupanloup)
Etna en éruption (29 octobre 2002)

Incendie de forêts dans les Alpes de Haute Provence

Communiqué par Robert Dupanloup
POUR CEUX QUI ONT TRAVAILLE A LYON BRON :
page traitant de l'historique de l'aérodrome (lien avec site internet de l'aéroclub).
Extrait d'Arc en Ciel n° 139 (3/2002):
Pierre
Chavy, mon ami Pierre, est décédé sans bruit, dans la plus grande discrétion,
nous laissant nous ses amis avec le sentiment de culpabilité de ceux qui
pensent ne pas avoir assez fait pour quelqu'un qu'ils ont beaucoup aimé.
Nous
l'avions connu malade, dans une situation critique. Nous avions craint le pire.
Puis il surmonta sa maladie et s'éloigna sans laisser d'adresse. Longtemps nous
nous sommes interrogés sur ce départ, sur cette absence de nouvelles. Ceux qui
l'ont bien connu ont sans doute pensé, comme moi, que Pierre souhaitait être
seul pour conduire sa dernière méditation.
Pierre,
je l'ai rencontré pour la première fois dans ce qui s'est appelé, pendant
quelques années, le " Bureau des missions lointaines ".
C'est
là que séjournaient, pendant un temps généralement court, ceux qui
rentraient ou qui étaient en instance de départ pour quelque terre éloignée
: Groenland, Terre Adélie, Amsterdam ou Kerguelen. Pierre rentrait du
Groenland, mais il ne fit parmi nous qu'un court séjour car il ne songeait qu'à
repartir. Ce qu'il fit presque aussitôt. Mais cette fois, c'était pour la
Terre Adélie.
Là,
tout se passa plutôt mal. La base entière brûla, et la majorité des
personnels de l'expédition dut être rapatriée.
Je
me souviens encore de son arrivée à Orly où je l'attendais avec sa famille et
bien d'autres. Il arriva détendu, avec une seule idée en tête : repartir.
Oui, mais où et comment ?. C'est alors que je lui indiquai que la Direction de
la MN cherchait un prévisionniste pour le Porte-Avions de la Marine Nationale
basé en ce que l'on appelait encore l'Indochine.
Sur
cette période de sa vie, il était peu loquace. Pourtant ce qu'il fit à cette
époque mérite respect et admiration. On était en pleine guerre.
C'était
la bataille de Dien Bien Phu. Il eut souvent à faire face à des situations
difficiles, moralement éprouvantes tant la marge d'erreur autorisée pour ses
prévisions était limitée. Tout cela, il le fit très bien. Lui, le civil, à
l'allure tout à fait atypique, du moins sur un porte-avions, il fut rapidement
adopté et intégré à un milieu pourtant difficile à pénétrer.
Ensuite,
ce fut la prévision marine. Il s'y adonna avec passion jusqu'à la fin de sa
carrière, d'abord comme prévisionniste puis, ensuite, comme responsable du
" Bureau des prévisions marines ".
Pierre,
c'était aussi un amoureux de la musique. Une musique plus proche de celle de
Lulli que de celle de nos modernes rappeurs. Il avait fait partie d'un ensemble
de musique de chambre, d'amateurs certes, mais d'amateurs suffisamment
talentueux pour être invité à se produire au Canada et dans des endroits
aussi prestigieux que la chapelle du Château de Versailles.
Pierre
était un homme chaleureux, plein d'humour, fidèle à ses amitiés, amoureux de
la tradition, jugeant les choses et les gens de ce monde avec une rare lucidité.
Je
le vois encore contant, avec sa voix si particulière, quelque souvenir et
sortant, sans s'interrompre, d'un appareil de l'ancien temps, la cigarette qu'il
venait de rouler.
Tchao, Pierre.
Henri
Treussart.
Extrait d'Arc en Ciel n° 141 (2/2003):
Jacques
DENOITS était l'un des plus anciens membres de notre association, puisque son
adhésion remonte à la création de l'AAM voici plus d'un demi siècle.
Ceux
qui l'ont connu se rappellent de quelqu'un de toujours courtois, ne se départissant
jamais d'une attitude accueillante.
Il
participait régulièrement aux sorties et voyages organisés par notre
association.
Lorsqu'il
abandonne ses obligations professionnelles il s'engage plus avant dans sa
participation, en étant un membre écouté du bureau, puis du comité loisirs
lorsque celui-ci fut mis en place.
Lorsqu'il
s'exprimait, il faisait toujours en sorte que, même s'il souhaitait apporter la
contradiction, son propos ne blesse aucune susceptibilité.
Il
nous manquera.
Que
sa famille veuille bien accepter, de tous et de chacun, nos très sincères
condoléances.
Jacques
DENOITS, était né le 9 avril 1916. Tôt venu à Paris où il fit ses études
de droit, il fut, avant d'embrasser la carrière d'avocat, un haut magistrat,
son dernier poste étant celui de procureur de la République.
Parallèlement
à sa carrière d'avocat, il enseigne à l'Institut de Droit appliqué pendant
trente ans, avant d'en assurer la Direction de 1978 à 1985.
Sa
relation avec la météo avait commencé en 1937 et dura, de manière active,
jusqu'en 1940. Mais il ne pu jamais réellement s'en défaire, puisque membre de
l'AAM depuis 1947.
Un
de ses jardins secrets était l'écriture : il était l'auteur d'une bonne
douzaine de romans.
Extrait d'Arc en Ciel n° 139 (3/2002):
DEUX
PETITES HISTOIRES DE THERMOMETRES
Quand
j’ai organisé le Service Météorologique de la Guadeloupe au printemps 1944,
les Antilles sortaient d’un blocus économique de trois ans, décidé par les
U.S.A à l’encontre de la France de Pétain. Il n’y avait rien dans les
magasins et les circuits commerciaux normaux étaient à reconstruire.
Mon
service manquait cruellement de moyens et tout achat de matériel était
impossible. Il ne me restait qu’un thermomètre à maxima, dont on connaît la
fragilité. J’appris, un peu par hasard, qu’une mission de trois ou quatre
personnes devait se rendre aux U.S.A pour normaliser les échanges commerciaux
et ramener les produits, surtout sanitaires, qui faisaient le plus défaut dans
l’île. J’expliquai mon affaire de thermomètres au chef de mission qui me
promit de s’en occuper personnellement. Deux mois plus tard, on annonce le
retour de la mission que je me hâte de rencontrer. Mon interlocuteur me reçoit
avec un grand sourire et me tend un petit paquet en me disant : « J’ai
même réussi à les avoir à l’œil ! ». Hélas, c’était des
thermomètres médicaux !
En 1948, à Tananarive, on m’avait demandé de faire un cours de météorologie aux élèves-instituteurs de Madagascar. La fin du cours arrive et je dois donner une épreuve écrite avec un classement. Bien entendu, sujet bateau : « Les différentes sortes de thermomètres ». Tout baigne, les copies sont relativement satisfaisantes , mais soudain je m’esclaffe ! La dernière ligne de celle, bonne d’ailleurs, que je lis : « il y a aussi le thermomètre merdical, ainsi appelé parce qu’on se le met dans le derrière » ! J’ai tout de même mis une bonne note, et, pendant des années, dans ma famille, on n’a plus parlé que de "thermomètre merdical" .
P.
Duvergé
Extrait d'Arc en Ciel n° 139 (3/2002):
Le
Cercle Laplace a 30 ans, mais en 2002, les adhérents qui sont restés fidèles
à leur association en ont, pour la plupart, largement plus du double ! … mais
n'en sont pas moins restés actifs et dévoués (jeunesse du cœur !).
A l'origine, nos
listes ont compté
jusqu'à 224 noms ! En 1995 il n'y en avait plus que 87 et en 2002, une
quarantaine de fidèles sont encore cotisants.
Mais
auparavant le champ d'activité du Cercle Laplace s'était largement étendu,
non seulement à la province, mais souvent un
peu partout à l'Europe où des rencontres "internationales" n'ont
pas manqué de piment ni d'imagination.
Ces
déplacements mémorables ont débuté (avec la création d'une équipe de "foot"), par un déplacement à Bruxelles, en mai 1973 et un match retour
en novembre. Grosse ambiance avant, pendant et après les rencontres où chaque
fois parents, enfants et collègues accompagnaient les équipes. Chaque fois, il
y avait de folkloriques échanges de fanions et de coupes ainsi que d'agréables
visites organisées par les collègues locaux.
-
En 1976, on a joué la
"belle" au Luxembourg.
-
En 1977, Londres
(match retour au Bourget en 78).
-
En 1980, Le Luxembourg
-
En 1981, Francfort
(via Forbach) et tourisme.
-
En 1984, Genève :
match contre les météos du Centre International avec séjour organisé par M.
Gosset.
-
En 1988 à nouveau à
Amsterdam (retour en 1990).
Mais
il n'y a pas que le foot ! … (comme disent les épouses) il y a aussi les
nourritures spirituelles et matérielles.
Ce
furent donc régulièrement, des banquets annuels, des sorties d'automne et/ou
de printemps et des visites touristiques très appréciées. Parmi ces
rencontres on peut citer un déplacement aux "3 frontières" (Nord du
Luxembourg) et des excursions en province : Gien, Briare, Bourges, Sancerre,
Chavignol, l'Ourcq, Gisors, Vaux le Vicomte, Compiègne, Orléans, Chartres,
Auvers sur Oise, Soisy sur Ecole et Barbizon, Tour Eiffel et Musée Rodin,
Paristoric, la Maison de l'Air, et, le plus récent rendez-vous était, à la
fin de 2002, au musée de l'Homme. Sans oublier, en 1984, le Conseil d'Etat où
notre ancien collègue Anicet Le Pors nous avait servi de guide ! .
EXPÉDITION
POLAIRE AU GROENLAND
En
fouillant dans une brocante, mon attention s'est portée sur un livre illustre
intitulé "GROENLAND". Ma surprise fut grande en le feuilletant : il
relatait l'expédition polaire des années 1948-1949 au GROENLAND.
Publié
chez Arthaud en 1951, ce livre présente 90 photos dont certaines en couleurs,
de J.J. LANGUEPIN, M. ICHAC, J. MASSON. Parmi ces photos, il en est une qui intéresse
les météos : deux membres de l'expédition sont reconnaissables sur l'une
d'elles. Le premier, René GARCIA a effectué une partie de sa carrière au Pic
du Midi (jusqu'à la fermeture de la station en 1982) ; le second, Pierre CHAVY
sera certainement reconnu par des anciens de SCEM/PREVI (années 1970).
Comment
s'est déroulée l'expédition au GROENLAND de 1948-1949 ? C'est ce que je vais
tenter de résumer.
Sur
la proposition de Paul-Emile VICTOR un double projet d'expéditions
scientifiques polaires en Arctique et en Antarctique a été accepté le 28 février
1947 par le gouvernement français ; une subvention nationale avait été votée
; deux expéditions, l'une au GROENLAND l'autre en Terre Adélie (l'expédition
en Terre Adélie ne pu être menée à son terme, l'accostage n'ayant pu être
effectué du fait de l'accumulation de glace) étaient prévues.
Il
faut rappeler ici que Paul-Emile VICTOR s'était déjà illustré au cours de
deux expéditions au GROENLAND en 1934 et en 1936, dans la région d'Angmassalik
; en 1936, c'est l'année de la grande traversée d'Ouest en Est : 700 km en 49
jours ; Paul-Emile VICTOR hiverna ensuite sur la côte EST avec le Danois Eigil
Knuth, à 250 km au Nord d'Angmassalik, où il écrit BOREAL, étude
anthropologique sur les Inuits.
Tout
autre était l'objectif des EPF : l'environnement du vaste inlandsis
Groenlandais. "Quelle était l’épaisseur de la glace sur laquelle nous
marchions ? Quel était le profil des terres ensevelies sous cette glace ?
Pourquoi un tel désert existait-il là ? Quelle était sa vie ?
Quelle prodigieuse influence n’exerçait il pas sur l’Atlantique nord et les
pays environnants- et peut-être sur l’hémisphère Nord tout entier ? La
théorie de Wegener était-elle vraie ? Le fameux anticyclone théoriquement
prévu par Hobbs existait-il ? ". Autant de questions que se
posaient les scientifiques. On voit que les préoccupations météorologiques étaient
présentes … et en bonne place.
Une
expédition que l’on peut qualifier de "lourde" comprenant 25
membres et surtout un matériel complet s'embarqua le 14 mai 1948 à Rouen pour
la grande aventure groëlandaise.
"Il
s'agissait de réaliser un vaste programme scientifique en installant, en plein
centre du
continent, une station de recherches qui devait fonctionner plusieurs années. Là,
un groupe de scientifiques aurait à étudier le climat, à effectuer des
observations régulières de météorologie de surface et des hautes couches de
l'atmosphère. Des laboratoires y seraient installés pour l'étude de divers
problèmes de physique atmosphérique. Des groupes itinérants auraient à compléter
ces observations".
Le
1er juin, le navire océanographique qui devait devenir le JEAN
CHARCOT, du nom de l'illustre explorateur polaire disparu avec son navire, le
POURQUOI PAS ? en septembre 1936, jetait l'ancre dans un des nombreux fjords
"au fond d'une baie magnifique" fermée par un glacier, sur la côte
occidentale (voir la carte générale).
Il
fallut trouver ensuite une voie d'accès vers l'inlandsis, à travers une région
très montagneuse, construire une route pour l'accès des véhicules à
chenilles (les "weasels") destinés à amener 43 tonnes de matériel
à destination au cœur de la calotte groënlandaise. Les 25 membres de l'équipe,
techniciens et scientifiques, se transformaient en terrassiers, en pontonniers,
en artificiers durant plusieurs semaines. Le départ fut laborieux : une route
de 88 km de long menait au pied d'une falaise de 200 m de glace, dernier rempart
avant l'inlandsis ; l'installation d'un téléphérique s'avéra nécessaire
pour transporter les 43 tonnes de matériel sur le grand désert de glace.
Restait
à entreprendre le long cheminement qui devait mener l'expédition au-dessus de
1500 m d'altitude, hors de portée de la fonte estivale : la Terre Promise.
Cette
piste était semée d'embûches comme on peut le voir sur une des photos : la
surface de l'inlandsis présente un aspect chaotique avec de véritables canons
de glace capables d'engloutir des paquebots, et qu'il fallait contourner. Les
avaries de weasels ne manquèrent pas, mettant le matériel à rude épreuve. Il
fallut bien entendu jalonner cette piste pour permettre l'année suivante
d'assurer l'installation de la station de recherches à 500 km du point de départ,
à 3000 m d'altitude, par 71° N et 40° W, en plein cœur du Groënland.
Avril
1949 : nouveau départ. Une équipe de 35 membres s'embarquait à Rouen, dont 8
quittaient la France pour 18 mois, avec 140 tonnes de matériel. La banquise
fermait l'accès de PORT VICTOR et le débarquement ne put s'effectuer que
lorsque la saison fut bien avancée.
Cette
fois la progression jusqu'à la station centrale se fit sans difficultés
majeures, malgré les inévitables avaries de Weasels (rupture de chenilles). Un
premier groupe arrivait le 14 juillet 1949 commençait alors la construction de
la station creusée dans la neige : 125 m de couloir, soutes à matériels, tour
de lancement des ballons de radiosondage, cabines d'habitation, laboratoires.
C'est là, malgré le travail matériel de chaque instant que furent entreprises
aussitôt les observations de météorologie, de physique atmosphérique, de
glaciologie, pendant qu'au camp 4 le groupe B procédait aux sondages sismiques,
au forage thermique, au lever géodésique, et que le groupe côtier travaillait
les questions de sciences naturelles" (Paul Emile Victor).
Le
groupe de huit hommes qui allait hiverner comprenait : Robert Guillard, Michel
Bouché, Marcel Carles, Lucien Bertrand, Pierre Chavy*, René Garcia*, Camille
Marinier et Gérald Taylord.
Tous
de service 24 heures sur 24 …..
*Pierre Chavy a notamment exercé ses fonctions de prévisionniste marine au SMM, avenue Rapp à Paris et René Garcia comme chef de centre au Pic du Midi (poste aujourd'hui fermé).
Michel
Lagadec
Extrait d'Arc en Ciel n° 141 (2/2003):
"Charles
ODOYER
"Souvenirs d'avant guerre"
Arrière
grand-père de nombreux arrière-petits-enfants, Charles ODOYER, âgé de 93 ans
nous a adressé, le 8 janvier, une lettre émouvante, exaltant sa passion pour
la météorologie.
Il
nous fait découvrir le début de son engagement depuis ses vingt printemps.
En
effet, le 20 février 1930, Charles ODOYER, né le 4 novembre 1909, obtient le
certificat n° 143 d'aptitude à l'emploi de météorologiste militaire, en
sortant troisième de sa promotion de quarante et un candidats.
En
avril, soit deux mois plus tard, il intégrait le Fort de Saint-Cyr puis était
détaché à Istres pendant neuf mois, du 1er juillet 1930 au 1er
avril 1931. Au cours de ce détachement, secondait le sergent Tilloloy, chef de
poste, passé maître en matière de réception radio il apprit à capter tous
les messages météo.
Ultérieurement,
il conserva ce goût et cette aptitude, en captant ce type de messages sur son
propre poste de "T.S.F.". Ainsi dans sa lettre du 10 septembre 1939,
adressée au "Commandant des éléments militaires de météorologie"
à l'O.N.M., il demande, en dépit de sa situation familiale, à 30 ans, père
de 3 enfants, instituteur et secrétaire de mairie, maintenu au foyer, de
reprendre du service actif dans la météo, pour la durée de la guerre.
Par
sa lettre du 5 octobre 1939, le Ministre de l'Air l'autorise à être réaffecté
à la 2ème compagnie du bataillon de l'air 116 (météorologie).
Convoqué
au Fort de Saint-Cyr pour le 20 janvier 1940, il s'y présenta le 21 février
après un mois de grippe.
Pour
des raisons d'effectifs d'une part et des raisons impérieuses de service
d'autre part, Charles ODOYER est transféré du service météo au service du
chiffre sous l'autorité du sergent Mayer. Sans relâche, cette équipe chercha
à obtenir le "chiffre aéronautique allemand" qu'elle finit par découvrir.
Après réception de messages météos "sous chiffre allemand" en
provenance de Norvège, elle put ainsi prévenir le 2ème bureau de
l'état major à Paris, pour réembarquer aussitôt les soldats français précédemment
débarqués.
Le
service du chiffre français permit ainsi de sauver la vie de nos soldats.
Par
note de la B.C.J.M. du 20 avril 1940 Charles ODOYER était affecté au poste météorologique
de Nîmes. Ainsi se termine l'épopée racontée par Charles ODOYER lui-même.
Nous l'en remercions beaucoup et lui souhaitons de garder encore très longtemps
la nostalgie de notre profession.
R.
Béving
Extrait d'Arc en Ciel n° 142 (3/2003):
Un
météorologiste honoré par l’Académie de marine.
L’Académie de marine[1] a, entre autres missions, celle « de favoriser le développement des hautes études concernant les questions maritimes et de contribuer, par l’attribution de récompenses, à encourager les recherches, les initiatives, les expériences pouvant intéresser les diverses activités maritimes ».
Par tradition les lauréats reçoivent leur récompense à l’occasion de la séance de rentrée solennelle qui marquent le début de chaque année académique. Celle-ci, s’est tenue, cette année, le mercredi 15 octobre 2003, sous la Présidence de M. Dominique Bussereau, Secrétaire d’Etat aux transports et à la mer.
Les Anciens seront certainement heureux d’apprendre qu’à cette occasion, Michel Hontarrède, un de nos jeunes[2], a reçu le prix André Giret 2003. Ce prix est attribué chaque année « à une personnalité sans distinction de nationalité qui se sera signalée par des travaux concernant les sciences de la mer, l’hydrographie et la navigation ».
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Michel Hontarrède, voici, presque in extenso, la présentation qui en fut faite lors de la remise du prix qui lui a été attribué.
« Ingénieur divisionnaire à Météo
France, Michel Hontarrède se consacre depuis un quart de siècle au service
exclusif du monde de la mer.
Pendant une dizaine d’années, « prévisionniste
marine », il a été en charge de divers bulletins dont le célébrissime «
interservice-mer » diffusé sur France-Inter grandes ondes.
Depuis quinze ans, il exerce des fonctions
dans lesquelles il s’efforce, avec succès, de mettre régulièrement à la
disposition des usagers maritimes de toutes catégories, les avancées de Météo
France :
·
rédacteur en chef de la revue Met-Mar, organe de formation et
d’information, bien connu sur les passerelles,
·
responsable du contenu du « Guide marine », publié annuellement et
largement diffusé dans les capitaineries - 250.000 exemplaires ( ! ),
·
collaborateur du SHOM pour la rédaction des ouvrages réglementaires,
dont le récent « Météorologie maritime » publié conjointement par le SHOM
et Météo France,
·
conseiller « marine » près le Conseil supérieur de la météorologie,
·
administrateur de l’Institut Français de Navigation,
·
auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages techniques – dont le chapitre
« météo » des deux derniers cours des Glénans. Rédacteur de nombreux
articles dans la presse, on l’entend aussi sur les ondes, spécialement sur
RFI.
Ce
praticien de la météo est aussi un authentique homme de mer, embarquant
volontairement à la pêche, dans la campagne thonière mais aussi en Iroise,
mer du Nord, mer de Norvège.
Marin à la voile, il a sillonné l’Atlantique
du nord au sud, participant même, avec un cotre de douze mètres, à une
navigation le long de la péninsule antarctique.
Détenteur et utilisateur conséquent des connaissances de pointe de Météo France, navigateur endurci, Michel Hontarrède prend place aujourd’hui parmi les marins
météorologistes les plus
accomplis de sa génération ».
C’est avec ses sincères félicitations que notre bulletin souhaite « Bon Vent » à Michel Hontarrède.
H. Treussard .
[1] Pour ceux qui l’ignoreraient, l’Académie de marine a été créée en 1752. Elle est organisée en six sections de quinze membres, et comprend ainsi 90 membres, tous français. A ce nombre il convient d’ajouter des membres étrangers dont le nombre ne doit pas dépasser 20. Deux anciens météos sont membre de cette illustre compagnie : Jaques Darchen et André Lebeau, respectivement élus comme membre titulaire en 1994 et 2001.
REMEMBER.....
En cette année du soixantième anniversaire du Débarquement
de Normandie, il est un nom que nul n’est en droit
d’oublier : c’est celui de James Stagg.
James Stagg eut, en
Juin 1944, la lourde responsabilité de prévoir les conditions météorologiques
qui règneraient sur la Normandie et sur la Manche aux dates prévues pour le débarquement.
Trois semaines
avant le 6 juin le plan d’invasion était prêt ; une armada avait
convergé vers l’ile de Wight, surnommée « Piccadily Circus »,
(1300 navires, 1200 bâtiments de guerre, 4000
chalands de guerre transportant 50000 hommes, 1500 chars, 3000 canons et 12500 véhicules),
les planeurs, l’aviation (11500
avions), les parachutistes, une
première vague puis une seconde : la mécanique est en marche… Au total
deux millions de soldats alliés attendaient sur le littoral anglais.
La date avait
d’abord été fixée au mois de mai mais Eisenhower va retarder la date de
l’opération « Overlord » ne parvenant pas à obtenir de ses supérieurs
les barges de débarquement ; il fallait compter aussi avec la météo et
les marées.
Il fallait une nuit de pleine lune, peu de nuages (base des nuages au dessus de 900 m et faible nébulosité jusqu'à 2400 m) et une visibilité supérieure à 4,5 km pour les bombardements préalables; un vent faible (moins de 12 km/h sur la côte, moins de 20 km/h au large) pour parachuter les hommes et peu de vagues sur la côte pour débarquer les soldats et le matériel. Pour satisfaire à ces critères le débarquement devait se dérouler dans une période comprise dans un jour avant et quatre jours après la pleine lune.
Pour réaliser leurs prévisions les météorologues militaires britanniques et américains avaient à leur disposition les données des radiosondages, les informations des stations terrestres britanniques, islandaises, groenlandaises et américaines ainsi que celles des bateaux (convois et gardes côtes). Les services alliés avaient réussi également à décoder les données météos allemandes transmises par radio.
Fin mai
l’anticyclone s’éloigne, des dépressions arrivent sur la Manche ;
trois dates sont possibles pour que l’aviation puisse agir : les 5, 6 ou
7 juin.
Pour le 5 Juin,
date initialement retenue, les prévisions sont franchement mauvaises : un
front froid intéresse la Manche, le ciel est couvert, le vent est fort et les
vagues déferlant sur les plages normandes sont trop fortes pour qu’un débarquement
puisse être envisagé.
Celui-ci doit être
remis alors que la majorité des troupes devant être mises à terre sont déjà
à bord des navires.
Si la situation
persiste, ces troupes devront être débarquées, et l’opération « Overlord »
être remise de deux semaines, afin que puissent être
retrouvées des conditions satisfaisantes de marée et de pleine lune.
Une perspective inquiétante, susceptible de rendre plus risquée l’opération,
voire de la compromettre définitivement; le maintien du secret étant plus
difficile.
A la réunion au
cours de laquelle devait être prise la décision de poursuivre ou d’annuler
l’opération en cours, et alors que le pessimisme prévalait, James Stagg, à
la surprise générale, s’adressant au Général Eisenhower annonça : « Je
pense que nous avons une bonne nouvelle pour vous, Monsieur ».
La bonne nouvelle,
c’était que J.Stagg et son équipe de météorologistes entrevoyaient une
accalmie relative de trente six heures; un effet de dorsale entre deux
perturbations laissant prévoir un temps plus clair et des vents plus faibles le
6 juin..
C’est
alors qu’ Eisenhower, après quelques minutes de silence dit simplement :
« OK, let’s go ».
Et c’est ainsi que de tous les ports de l’Angleterre jusqu’en Ecosse les bateaux se mirent en route, à 22 heures les planeurs partent, vers minuit ils sont au dessus de Caen et de Sainte Mère Eglise ; le débarquement de Normandie eut lieu le 6 Juin, tout le monde connaît la suite…..
En fait, autre conséquence, ces conditions météorologiques médiocres avaient donné l’impression aux allemands qu'un atterrissage allié était impossible ces jour là et Rommel était allé à Berlin pour demander à Hitler une division de « panzers » supplémentaires (mais aussi afin de fêter l’anniversaire de sa femme…).

James Martin Stagg est né le 30 juin 1900, à Dalkeith, en Ecosse. Il rejoint le Service météorologique de Grande Bretagne en 1924 comme assistant météorologique, après avoir fait ses études à l’Université d’Edimbourg.
En 1932-1933, il est à la tête d’une expédition
dans l’Arctique canadien. En 1939, il est nommé superintendant de l’Observatoire
de Kew Gardens, avant d’être mobilisé dans la Royal Air Force. En 1943 il a
le rang de « capitaine de groupe » et devient conseiller en chef météorologique
auprès du Commandant en chef de la force alliée , le Général Dwight Eisenhower et est
désigné à la tête de l’équipe de météorologistes du projet Overlord.
Il a été anobli en 1954 et été directeur des services du Bureau Météorologique jusqu'à 1960. Il a été aussi président de la Société Royale Météorologique en 1959.
Il est décédé en Juin 1975.
En 1971 il a publié un livre sur la "prévision pour Overlord" ("forecast for Overlord" - Edition Ian Allan , 1971).
Pour illustrer cet article : deux images des cartes en surface anglaise et allemande ( merci à Météo-France !)

