Mémoire du temps passé.....

 

 

Régulièrement dans notre bulletin « Arc en Ciel » nous publions des souvenirs concernant les hommes, les sciences ou les techniques qui ont marqué le développement de la météorologie ; il en est de même dans les numéros spéciaux d’"Arc en Ciel" (voir rubrique "dossiers").

 

Nous souhaitons accueillir dans ces pages internet, notamment, des images du temps passé (par exemple, des collègues au travail ou des situations météorologiques remarquables) mais aussi vos anecdotes.

 

Liège 1947

carte station météo (Roumanie 1955)

 

 

 

Nous comptons donc sur vous !

 

 

SOMMAIRE:

E.N.M. à Bois d'Arcy (décembre 1965)

Pierre Chavy

Jacques Denoits

Histoires de thermomètres....

30° anniversaire du "Cercle Laplace"

Expédition polaire au Groenland (1948-1949)

Charles Odoyer

Michel Hontarrède honoré par l'Académie de Marine

James Stagg (débarquement du 6 juin 1944)

 

 

  L'École de la Météo au temps ou elle se trouvait encore à Bois d'Arcy au Fort de St Cyr. 

Cette vue date de Décembre 65. C'était assez sinistre mais des générations de météos sont passé par là.! (Robert Dupanloup)

 

Etna en éruption (29 octobre 2002)

Incendie de forêts dans les Alpes de Haute Provence

 

 

 

Communiqué par Robert Dupanloup

 

POUR CEUX QUI ONT TRAVAILLE A LYON BRON :

page traitant de l'historique de l'aérodrome (lien avec site internet de l'aéroclub).

 

 Extrait d'Arc en Ciel n° 139 (3/2002):

Pierre Chavy nous a quitté.

 

Pierre Chavy, mon ami Pierre, est décédé sans bruit, dans la plus grande discrétion, nous laissant nous ses amis avec le sentiment de culpabilité de ceux qui pensent ne pas avoir assez fait pour quelqu'un qu'ils ont beaucoup aimé.

Nous l'avions connu malade, dans une situation critique. Nous avions craint le pire. Puis il surmonta sa maladie et s'éloigna sans laisser d'adresse. Longtemps nous nous sommes interrogés sur ce départ, sur cette absence de nouvelles. Ceux qui l'ont bien connu ont sans doute pensé, comme moi, que Pierre souhaitait être seul pour conduire sa dernière méditation.

Pierre, je l'ai rencontré pour la première fois dans ce qui s'est appelé, pendant quelques années, le " Bureau des missions lointaines ".

C'est là que séjournaient, pendant un temps généralement court, ceux qui rentraient ou qui étaient en instance de départ pour quelque terre éloignée : Groenland, Terre Adélie, Amsterdam ou Kerguelen. Pierre rentrait du Groenland, mais il ne fit parmi nous qu'un court séjour car il ne songeait qu'à repartir. Ce qu'il fit presque aussitôt. Mais cette fois, c'était pour la Terre Adélie.

Là, tout se passa plutôt mal. La base entière brûla, et la majorité des personnels de l'expédition dut être rapatriée.

Je me souviens encore de son arrivée à Orly où je l'attendais avec sa famille et bien d'autres. Il arriva détendu, avec une seule idée en tête : repartir. Oui, mais où et comment ?. C'est alors que je lui indiquai que la Direction de la MN cherchait un prévisionniste pour le Porte-Avions de la Marine Nationale basé en ce que l'on appelait encore l'Indochine.

Sur cette période de sa vie, il était peu loquace. Pourtant ce qu'il fit à cette époque mérite respect et admiration. On était en pleine guerre.

C'était la bataille de Dien Bien Phu. Il eut souvent à faire face à des situations difficiles, moralement éprouvantes tant la marge d'erreur autorisée pour ses prévisions était limitée. Tout cela, il le fit très bien. Lui, le civil, à l'allure tout à fait atypique, du moins sur un porte-avions, il fut rapidement adopté et intégré à un milieu pourtant difficile à pénétrer.

Ensuite, ce fut la prévision marine. Il s'y adonna avec passion jusqu'à la fin de sa carrière, d'abord comme prévisionniste puis, ensuite, comme responsable du " Bureau des prévisions marines ".

Pierre, c'était aussi un amoureux de la musique. Une musique plus proche de celle de Lulli que de celle de nos modernes rappeurs. Il avait fait partie d'un ensemble de musique de chambre, d'amateurs certes, mais d'amateurs suffisamment talentueux pour être invité à se produire au Canada et dans des endroits aussi prestigieux que la chapelle du Château de Versailles.

Pierre était un homme chaleureux, plein d'humour, fidèle à ses amitiés, amoureux de la tradition, jugeant les choses et les gens de ce monde avec une rare lucidité.

Je le vois encore contant, avec sa voix si particulière, quelque souvenir et sortant, sans s'interrompre, d'un appareil de l'ancien temps, la cigarette qu'il venait de rouler.

 

Tchao, Pierre.                                                          

Henri Treussart.

 

 

Extrait d'Arc en Ciel n° 141 (2/2003):

JACQUES DENOITS NOUS A QUITTÉ

 

Jacques DENOITS était l'un des plus anciens membres de notre association, puisque son adhésion remonte à la création de l'AAM voici plus d'un demi siècle.

Ceux qui l'ont connu se rappellent de quelqu'un de toujours courtois, ne se départissant jamais d'une attitude accueillante.

Il participait régulièrement aux sorties et voyages organisés par notre association.

Lorsqu'il abandonne ses obligations professionnelles il s'engage plus avant dans sa participation, en étant un membre écouté du bureau, puis du comité loisirs lorsque celui-ci fut mis en place.

Lorsqu'il s'exprimait, il faisait toujours en sorte que, même s'il souhaitait apporter la contradiction, son propos ne blesse aucune susceptibilité.

Il nous manquera.

Que sa famille veuille bien accepter, de tous et de chacun, nos très sincères condoléances.

 Jacques DENOITS, était né le 9 avril 1916. Tôt venu à Paris où il fit ses études de droit, il fut, avant d'embrasser la carrière d'avocat, un haut magistrat, son dernier poste étant celui de procureur de la République.

Parallèlement à sa carrière d'avocat, il enseigne à l'Institut de Droit appliqué pendant trente ans, avant d'en assurer la Direction de 1978 à 1985.

Sa relation avec la météo avait commencé en 1937 et dura, de manière active, jusqu'en 1940. Mais il ne pu jamais réellement s'en défaire, puisque membre de l'AAM depuis 1947.

Un de ses jardins secrets était l'écriture : il était l'auteur d'une bonne douzaine de romans.

 

 

Extrait d'Arc en Ciel n° 139 (3/2002):

 

DEUX PETITES HISTOIRES DE THERMOMETRES

 

 

Quand j’ai organisé le Service Météorologique de la Guadeloupe au printemps 1944, les Antilles sortaient d’un blocus économique de trois ans, décidé par les U.S.A à l’encontre de la France de Pétain. Il n’y avait rien dans les magasins et les circuits commerciaux normaux étaient à reconstruire.

Mon service manquait cruellement de moyens et tout achat de matériel était impossible. Il ne me restait qu’un thermomètre à maxima, dont on connaît la fragilité. J’appris, un peu par hasard, qu’une mission de trois ou quatre personnes devait se rendre aux U.S.A pour normaliser les échanges commerciaux et ramener les produits, surtout sanitaires, qui faisaient le plus défaut dans l’île. J’expliquai mon affaire de thermomètres au chef de mission qui me promit de s’en occuper personnellement. Deux mois plus tard, on annonce le retour de la mission que je me hâte de rencontrer. Mon interlocuteur me reçoit avec un grand sourire et me tend un petit paquet en me disant : « J’ai même réussi à les avoir à l’œil ! ». Hélas, c’était des thermomètres médicaux !

 En 1948, à Tananarive, on m’avait demandé de faire un cours de météorologie aux élèves-instituteurs de Madagascar. La fin du cours arrive et je dois donner une épreuve écrite avec un classement. Bien entendu, sujet bateau : « Les différentes sortes de thermomètres ». Tout baigne, les copies sont relativement satisfaisantes , mais soudain je m’esclaffe ! La dernière ligne de celle, bonne d’ailleurs, que je lis : « il y a aussi le thermomètre merdical, ainsi appelé parce qu’on se le met dans le derrière » ! J’ai tout de même mis une bonne note, et, pendant des années, dans ma famille, on n’a plus parlé que de "thermomètre merdical" .

 

P. Duvergé

 

 

 

Extrait d'Arc en Ciel n° 139 (3/2002):

 

LE CERCLE LAPLACE A 30 ANS !

   

Le Cercle Laplace a 30 ans, mais en 2002, les adhérents qui sont restés fidèles à leur association en ont, pour la plupart, largement plus du double ! … mais n'en sont pas moins restés actifs et dévoués (jeunesse du cœur !).

  Cette association (loi de 1901, statuts en bonne et due forme déposés à la préfecture de Bobigny) a été fondée en 1972 et a pris le nom de "Cercle Laplace" en mémoire de notre collègue Pierre Pioger (du Bourget) disparu en baie de la Frênay, devant Saint-Cast, au cours du naufrage de la frégate météorologique Laplace, le 16 septembre 1950.

  Le projet de créer une association a germé au cours d'un déjeuner entre amis à Coye-la-Forêt le 23 avril 1971 où les "fondateurs" étaient : Ruiz, Cueille, Hoyer, Decayeux, Lugap, Pougatch, Ferrez, Chabod, Bouché, Waret, Lemouzy, Beuve, Villon, Auger, Bordes … et le photographe (?).

  Précédemment, le 23/04/1969, un banquet avait été organisé au "Pavillon du Lac" (Buttes Chaumont) avec une affluence record (une centaine de convives que nous avions contactés après avoir passé en revue les tableaux de service archivés au Centre régional du Bourget depuis 1945). Beaucoup avaient déjà changé d'affectation depuis l'immédiat après guerre, mais nous avaient fait l'amitié de venir. Une autre réunion, cette fois sous l'égide du Cercle Laplace a été organisée à la "Chênaye du Roy" à Vincennes. Beaucoup de ceux que leur évolution de carrière avait amenés à quitter Le Bourget sont venus et même ceux qui avaient rejoint d'autres affectations en province ou Outre Mer ont envoyé leurs lointaines adhésions.

A l'origine, nos listes ont compté jusqu'à 224 noms ! En 1995 il n'y en avait plus que 87 et en 2002, une quarantaine de fidèles sont encore cotisants.

  Il faut dire que, malgré l'extension de notre recrutement aux météos du Centre de Roissy CDG, largement pourvu d'ailleurs en anciens du Bourget, la réduction quasi totale des effectifs de la station du Bourget et aussi, hélas, le vieillissement et les décès ont rapidement contribué à diminuer la quantité de nos adhérents, mais pas leur qualité … Ce qui fait que nos lieux de rencontre ne s'éloignent plus guère de Paris et sa banlieue, mais la convivialité reste grande. Cependant, toutes les réunions statutaires - A.G. annuelles et réunions du bureau - sont toujours scrupuleusement observées ; ce sont des occasions de donner et recevoir des nouvelles de tous (celles des collègues de province et d'Outre-Mer y sont très attendues). Depuis 1984, c'est Robert Lavalette qui est notre très actif, dévoué et très apprécié président.

Mais auparavant le champ d'activité du Cercle Laplace s'était largement étendu, non seulement à la province, mais souvent un peu partout à l'Europe où des rencontres "internationales" n'ont pas manqué de piment ni d'imagination.

Ces déplacements mémorables ont débuté (avec la création d'une équipe de "foot"), par un déplacement à Bruxelles, en mai 1973 et un match retour en novembre. Grosse ambiance avant, pendant et après les rencontres où chaque fois parents, enfants et collègues accompagnaient les équipes. Chaque fois, il y avait de folkloriques échanges de fanions et de coupes ainsi que d'agréables visites organisées par les collègues locaux.

  Autres rencontres avec des météos étrangers :

  -         En 1975, déplacement à Amsterdam avec hébergement chez les collègues Hollandais puis match retour avec, à notre tour, accueil des visiteurs par nos familles.

-         En 1976, on a joué la "belle" au Luxembourg.

-         En 1977, Londres (match retour au Bourget en 78).

-         En 1980, Le Luxembourg

-         En 1981, Francfort (via Forbach) et tourisme.

-         En 1984, Genève : match contre les météos du Centre International avec séjour organisé par M. Gosset.

-         En 1988 à nouveau à Amsterdam (retour en 1990).

  En France également des rencontres "sportives" ont eu beaucoup de succès. Le "match" était, bien sûr, à chaque fois le prétexte à de joyeuses festivités. Citons les rencontres avec les équipes de Lyon à Auxerre, puis à Beaune et … "belle" à Verdun-sur-le-Doubs ; puis à Poitiers contre Bordeaux.

Mais il n'y a pas que le foot ! … (comme disent les épouses) il y a aussi les nourritures spirituelles et matérielles.

Ce furent donc régulièrement, des banquets annuels, des sorties d'automne et/ou de printemps et des visites touristiques très appréciées. Parmi ces rencontres on peut citer un déplacement aux "3 frontières" (Nord du Luxembourg) et des excursions en province : Gien, Briare, Bourges, Sancerre, Chavignol, l'Ourcq, Gisors, Vaux le Vicomte, Compiègne, Orléans, Chartres, Auvers sur Oise, Soisy sur Ecole et Barbizon, Tour Eiffel et Musée Rodin, Paristoric, la Maison de l'Air, et, le plus récent rendez-vous était, à la fin de 2002, au musée de l'Homme. Sans oublier, en 1984, le Conseil d'Etat où notre ancien collègue Anicet Le Pors nous avait servi de guide ! .

  D'autres moments furent, à l'occasion de courts voyages en province, des invitations chez des amis adhérents (Mme Cl. Augustin, Mme A. Riffault, R. Deslondes et J. Marlats).

  Voilà, on continue … Les cotisations annuelles (7 Euros) nous soutiennent le moral et payent les timbres. Si vous voulez en savoir plus, ne vous gênez pas. Tant qu'il y aura une secrétaire, on vous répondra.

  Au fait, j'allais conclure sans vous dire que nous avons une toujours jeune, dynamique et bénévole secrétaire (Madame Monceau) qui, il y a 26 ans accompagnait la banderole "Mété-o But"  lors d'un match mémorable (photo) où l'équipe des LAPLACE affrontait je ne sais plus qui, ni où, mais où les joueurs arboraient de magnifiques maillots verts offerts au Cercle par ? … par ? … je ne sais plus par qui, c'est déjà si loin !

                                                                                      G. Chabod  

 

 

  Extrait d'Arc en Ciel n° 141 (2/2003):

EXPÉDITION POLAIRE AU GROENLAND

 

En fouillant dans une brocante, mon attention s'est portée sur un livre illustre intitulé "GROENLAND". Ma surprise fut grande en le feuilletant : il relatait l'expédition polaire des années 1948-1949 au GROENLAND.

Publié chez Arthaud en 1951, ce livre présente 90 photos dont certaines en couleurs, de J.J. LANGUEPIN, M. ICHAC, J. MASSON. Parmi ces photos, il en est une qui intéresse les météos : deux membres de l'expédition sont reconnaissables sur l'une d'elles. Le premier, René GARCIA a effectué une partie de sa carrière au Pic du Midi (jusqu'à la fermeture de la station en 1982) ; le second, Pierre CHAVY sera certainement reconnu par des anciens de SCEM/PREVI (années 1970).

 

Comment s'est déroulée l'expédition au GROENLAND de 1948-1949 ? C'est ce que je vais tenter de résumer.

 

Sur la proposition de Paul-Emile VICTOR un double projet d'expéditions scientifiques polaires en Arctique et en Antarctique a été accepté le 28 février 1947 par le gouvernement français ; une subvention nationale avait été votée ; deux expéditions, l'une au GROENLAND l'autre en Terre Adélie (l'expédition en Terre Adélie ne pu être menée à son terme, l'accostage n'ayant pu être effectué du fait de l'accumulation de glace) étaient prévues.

Il faut rappeler ici que Paul-Emile VICTOR s'était déjà illustré au cours de deux expéditions au GROENLAND en 1934 et en 1936, dans la région d'Angmassalik ; en 1936, c'est l'année de la grande traversée d'Ouest en Est : 700 km en 49 jours ; Paul-Emile VICTOR hiverna ensuite sur la côte EST avec le Danois Eigil Knuth, à 250 km au Nord d'Angmassalik, où il écrit BOREAL, étude anthropologique sur les Inuits.

Tout autre était l'objectif des EPF : l'environnement du vaste inlandsis Groenlandais. "Quelle était l’épaisseur de la glace sur laquelle nous marchions ? Quel était le profil des terres ensevelies sous cette glace ? Pourquoi un tel désert existait-il là ? Quelle était sa vie ? Quelle prodigieuse influence n’exerçait il pas sur l’Atlantique nord et les pays environnants- et peut-être sur l’hémisphère Nord tout entier ? La théorie de Wegener était-elle vraie ? Le fameux anticyclone théoriquement prévu par Hobbs existait-il ? ". Autant de questions que se posaient les scientifiques. On voit que les préoccupations météorologiques étaient présentes … et en bonne place.

Une expédition que l’on peut qualifier de "lourde" comprenant 25 membres et surtout un matériel complet s'embarqua le 14 mai 1948 à Rouen pour la grande aventure groëlandaise.

"Il s'agissait de réaliser un vaste programme scientifique en installant, en plein centre du continent, une station de recherches qui devait fonctionner plusieurs années. Là, un groupe de scientifiques aurait à étudier le climat, à effectuer des observations régulières de météorologie de surface et des hautes couches de l'atmosphère. Des laboratoires y seraient installés pour l'étude de divers problèmes de physique atmosphérique. Des groupes itinérants auraient à compléter ces observations".

Le 1er juin, le navire océanographique qui devait devenir le JEAN CHARCOT, du nom de l'illustre explorateur polaire disparu avec son navire, le POURQUOI PAS ? en septembre 1936, jetait l'ancre dans un des nombreux fjords "au fond d'une baie magnifique" fermée par un glacier, sur la côte occidentale (voir la carte générale).

 

Il fallut trouver ensuite une voie d'accès vers l'inlandsis, à travers une région très montagneuse, construire une route pour l'accès des véhicules à chenilles (les "weasels") destinés à amener 43 tonnes de matériel à destination au cœur de la calotte groënlandaise. Les 25 membres de l'équipe, techniciens et scientifiques, se transformaient en terrassiers, en pontonniers, en artificiers durant plusieurs semaines. Le départ fut laborieux : une route de 88 km de long menait au pied d'une falaise de 200 m de glace, dernier rempart avant l'inlandsis ; l'installation d'un téléphérique s'avéra nécessaire pour transporter les 43 tonnes de matériel sur le grand désert de glace.

Restait à entreprendre le long cheminement qui devait mener l'expédition au-dessus de 1500 m d'altitude, hors de portée de la fonte estivale : la Terre Promise.

Cette piste était semée d'embûches comme on peut le voir sur une des photos : la surface de l'inlandsis présente un aspect chaotique avec de véritables canons de glace capables d'engloutir des paquebots, et qu'il fallait contourner. Les avaries de weasels ne manquèrent pas, mettant le matériel à rude épreuve. Il fallut bien entendu jalonner cette piste pour permettre l'année suivante d'assurer l'installation de la station de recherches à 500 km du point de départ, à 3000 m d'altitude, par 71° N et 40° W, en plein cœur du Groënland.

Avril 1949 : nouveau départ. Une équipe de 35 membres s'embarquait à Rouen, dont 8 quittaient la France pour 18 mois, avec 140 tonnes de matériel. La banquise fermait l'accès de PORT VICTOR et le débarquement ne put s'effectuer que lorsque la saison fut bien avancée.

Cette fois la progression jusqu'à la station centrale se fit sans difficultés majeures, malgré les inévitables avaries de Weasels (rupture de chenilles). Un premier groupe arrivait le 14 juillet 1949 commençait alors la construction de la station creusée dans la neige : 125 m de couloir, soutes à matériels, tour de lancement des ballons de radiosondage, cabines d'habitation, laboratoires. C'est là, malgré le travail matériel de chaque instant que furent entreprises aussitôt les observations de météorologie, de physique atmosphérique, de glaciologie, pendant qu'au camp 4 le groupe B procédait aux sondages sismiques, au forage thermique, au lever géodésique, et que le groupe côtier travaillait les questions de sciences naturelles" (Paul Emile Victor).

Le groupe de huit hommes qui allait hiverner comprenait : Robert Guillard, Michel Bouché, Marcel Carles, Lucien Bertrand, Pierre Chavy*, René Garcia*, Camille Marinier et Gérald Taylord.

Tous de service 24 heures sur 24 …..

 

*Pierre Chavy a notamment exercé ses fonctions de prévisionniste marine au SMM, avenue Rapp à Paris et René Garcia comme chef de centre au Pic du Midi (poste aujourd'hui fermé).

 

 

Michel Lagadec

 

   

Extrait d'Arc en Ciel n° 141 (2/2003):

"Charles ODOYER   "Souvenirs d'avant guerre"

 

 

Arrière grand-père de nombreux arrière-petits-enfants, Charles ODOYER, âgé de 93 ans nous a adressé, le 8 janvier, une lettre émouvante, exaltant sa passion pour la météorologie.

Il nous fait découvrir le début de son engagement depuis ses vingt printemps.

En effet, le 20 février 1930, Charles ODOYER, né le 4 novembre 1909, obtient le certificat n° 143 d'aptitude à l'emploi de météorologiste militaire, en sortant troisième de sa promotion de quarante et un candidats.

En avril, soit deux mois plus tard, il intégrait le Fort de Saint-Cyr puis était détaché à Istres pendant neuf mois, du 1er juillet 1930 au 1er avril 1931. Au cours de ce détachement, secondait le sergent Tilloloy, chef de poste, passé maître en matière de réception radio il apprit à capter tous les messages météo.

Ultérieurement, il conserva ce goût et cette aptitude, en captant ce type de messages sur son propre poste de "T.S.F.". Ainsi dans sa lettre du 10 septembre 1939, adressée au "Commandant des éléments militaires de météorologie" à l'O.N.M., il demande, en dépit de sa situation familiale, à 30 ans, père de 3 enfants, instituteur et secrétaire de mairie, maintenu au foyer, de reprendre du service actif dans la météo, pour la durée de la guerre.

Par sa lettre du 5 octobre 1939, le Ministre de l'Air l'autorise à être réaffecté à la 2ème compagnie du bataillon de l'air 116 (météorologie).

Convoqué au Fort de Saint-Cyr pour le 20 janvier 1940, il s'y présenta le 21 février après un mois de grippe.

Pour des raisons d'effectifs d'une part et des raisons impérieuses de service d'autre part, Charles ODOYER est transféré du service météo au service du chiffre sous l'autorité du sergent Mayer. Sans relâche, cette équipe chercha à obtenir le "chiffre aéronautique allemand" qu'elle finit par découvrir. Après réception de messages météos "sous chiffre allemand" en provenance de Norvège, elle put ainsi prévenir le 2ème bureau de l'état major à Paris, pour réembarquer aussitôt les soldats français précédemment débarqués.

Le service du chiffre français permit ainsi de sauver la vie de nos soldats.

Par note de la B.C.J.M. du 20 avril 1940 Charles ODOYER était affecté au poste météorologique de Nîmes. Ainsi se termine l'épopée racontée par Charles ODOYER lui-même. Nous l'en remercions beaucoup et lui souhaitons de garder encore très longtemps la nostalgie de notre profession.

 

R. Béving  

 

 

Extrait d'Arc en Ciel n° 142 (3/2003):

Un météorologiste honoré par l’Académie de marine.

 

     L’Académie de marine[1] a, entre autres missions, celle « de favoriser le développement des hautes études concernant les questions maritimes et de contribuer, par l’attribution de récompenses, à encourager les recherches, les initiatives, les expériences pouvant intéresser les diverses activités maritimes ».

 

     Par tradition les lauréats reçoivent leur récompense à l’occasion de la séance de rentrée solennelle qui marquent le début de chaque année académique. Celle-ci, s’est tenue, cette année, le mercredi 15 octobre 2003, sous la Présidence de M. Dominique Bussereau, Secrétaire d’Etat aux transports et à la mer.

 

     Les Anciens seront certainement heureux d’apprendre qu’à cette occasion, Michel Hontarrède, un de nos jeunes[2], a reçu le prix André Giret 2003. Ce prix est attribué chaque année « à une personnalité sans distinction de nationalité qui se sera signalée par des travaux concernant les sciences de la mer, l’hydrographie et la navigation ».

 

     Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Michel Hontarrède,  voici, presque in extenso, la présentation qui en fut faite lors de la remise du prix qui lui a été attribué.

 

     « Ingénieur divisionnaire à Météo France, Michel Hontarrède se consacre depuis un quart de siècle au service exclusif du monde de la mer.

 

     Pendant une dizaine d’années, « prévisionniste marine », il a été en charge de divers bulletins dont le célébrissime « interservice-mer » diffusé sur France-Inter grandes ondes.

 

     Depuis quinze ans, il exerce des fonctions dans lesquelles il s’efforce, avec succès, de mettre régulièrement à la disposition des usagers maritimes de toutes catégories, les avancées de Météo France :

 

     ·   rédacteur en chef de la revue Met-Mar, organe de formation et d’information, bien connu sur les passerelles,

 

     ·   responsable du contenu du « Guide marine », publié annuellement et largement diffusé dans les capitaineries - 250.000 exemplaires ( ! ),

 

     ·   collaborateur du SHOM pour la rédaction des ouvrages réglementaires, dont le récent « Météorologie maritime » publié conjointement par le SHOM et Météo France,

 

     ·   conseiller « marine » près le Conseil supérieur de la météorologie,

 

     ·   administrateur de l’Institut Français de Navigation,

 

     ·   auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages techniques – dont le chapitre « météo » des deux derniers cours des Glénans. Rédacteur de nombreux articles dans la presse, on l’entend aussi sur les ondes, spécialement sur RFI.

 

     Ce praticien de la météo est aussi un authentique homme de mer, embarquant volontairement à la pêche, dans la campagne thonière mais aussi en Iroise, mer du Nord, mer de Norvège.

 

     Marin à la voile, il a sillonné l’Atlantique du nord au sud, participant même, avec un cotre de douze mètres, à une navigation le long de la péninsule antarctique.

 

     Détenteur et utilisateur conséquent des connaissances de pointe de Météo France, navigateur endurci, Michel Hontarrède prend place aujourd’hui parmi les marins

météorologistes les plus accomplis de sa génération ». 

     C’est avec ses sincères félicitations que notre bulletin souhaite « Bon Vent » à Michel Hontarrède.

  

                                                                   H. Treussard .

 [1] Pour ceux qui l’ignoreraient, l’Académie de marine a été créée en 1752. Elle est organisée en six sections de quinze membres, et comprend ainsi 90 membres, tous français. A ce nombre il convient d’ajouter des membres étrangers dont le nombre ne doit pas dépasser 20. Deux anciens météos sont membre de cette illustre compagnie : Jaques Darchen et André Lebeau, respectivement élus comme membre titulaire en 1994 et 2001.

 

[2] Par « un de nos jeunes », il faut comprendre quelqu’un de plus jeune que nous, les Anciens, car Michel Hontarrède n’est plus tout à fait un jeune. Pour être précis, il est  né en 1955.

 

 

SOUVENIR

 

REMEMBER.....  

 

   

En cette année du soixantième anniversaire du Débarquement de Normandie, il est un nom que nul n’est en droit d’oublier : c’est celui de James Stagg.

 

 

James Stagg eut, en Juin 1944, la lourde responsabilité de prévoir les conditions météorologiques qui règneraient sur la Normandie et sur la Manche aux dates prévues pour le débarquement.

Trois semaines avant le 6 juin le plan d’invasion était prêt ; une armada avait convergé vers l’ile de Wight, surnommée « Piccadily Circus »,  (1300 navires, 1200 bâtiments de guerre, 4000 chalands de guerre transportant 50000 hommes, 1500 chars, 3000 canons et 12500 véhicules),  les planeurs, l’aviation (11500 avions), les parachutistes, une première vague puis une seconde : la mécanique est en marche… Au total deux millions de soldats alliés attendaient sur le littoral anglais.

La date avait d’abord été fixée au mois de mai mais Eisenhower va retarder la date de l’opération « Overlord » ne parvenant pas à obtenir de ses supérieurs les barges de débarquement ; il fallait compter aussi avec la météo et les marées.  

Il fallait une nuit de pleine lune, peu de nuages (base des nuages au dessus de 900 m et faible nébulosité jusqu'à 2400 m) et une visibilité supérieure à 4,5 km  pour les bombardements préalables; un vent faible (moins de 12 km/h sur la côte, moins de 20 km/h au large) pour parachuter les hommes et peu de vagues sur la côte pour débarquer les soldats et le matériel. Pour satisfaire à ces critères le débarquement devait se dérouler dans une période comprise dans un jour avant et quatre jours après la pleine lune. 

Pour réaliser leurs prévisions les météorologues militaires britanniques et américains avaient à leur disposition les données des radiosondages, les informations des stations terrestres britanniques, islandaises, groenlandaises et américaines ainsi que celles des bateaux (convois et  gardes côtes). Les services alliés avaient réussi également à décoder les données météos allemandes transmises par radio.

Fin mai l’anticyclone s’éloigne, des dépressions arrivent sur la Manche ; trois dates sont possibles pour que l’aviation puisse agir : les 5, 6 ou 7 juin.

Pour le 5 Juin, date initialement retenue, les prévisions sont franchement mauvaises : un front froid intéresse la Manche, le ciel est couvert, le vent est fort et les vagues déferlant sur les plages normandes sont trop fortes pour qu’un débarquement puisse être envisagé.

Celui-ci doit être remis alors que la majorité des troupes devant être mises à terre sont déjà à bord des navires.

Si la situation persiste, ces troupes devront être débarquées, et l’opération « Overlord » être remise de deux semaines, afin que puissent être  retrouvées des conditions satisfaisantes de marée et de pleine lune. Une perspective inquiétante, susceptible de rendre plus risquée l’opération, voire de la compromettre définitivement; le maintien du secret étant plus difficile.

A la réunion au cours de laquelle devait être prise la décision de poursuivre ou d’annuler l’opération en cours, et alors que le pessimisme prévalait, James Stagg, à la surprise générale, s’adressant au Général Eisenhower annonça : « Je pense que nous avons une bonne nouvelle pour vous, Monsieur ».

La bonne nouvelle, c’était que J.Stagg et son équipe de météorologistes entrevoyaient une accalmie relative de trente six heures; un effet de dorsale entre deux perturbations laissant prévoir un temps plus clair et des vents plus faibles le 6 juin..

C’est alors qu’ Eisenhower, après quelques minutes de silence dit simplement : « OK, let’s go ».

Et c’est ainsi que de tous les ports de l’Angleterre jusqu’en Ecosse les bateaux se mirent en route, à 22 heures les planeurs partent, vers minuit ils sont au dessus de Caen et de Sainte Mère Eglise ;  le débarquement de Normandie eut lieu le 6 Juin, tout le monde connaît la suite…..

En fait, autre conséquence,  ces conditions météorologiques médiocres avaient donné l’impression aux allemands qu'un atterrissage allié était impossible ces jour là  et Rommel était allé à Berlin pour demander à Hitler une division de « panzers » supplémentaires (mais aussi afin de fêter l’anniversaire de sa femme…).

 

 

James  Martin Stagg est né le 30 juin 1900, à Dalkeith, en Ecosse. Il rejoint le Service météorologique de Grande Bretagne en 1924 comme assistant météorologique, après avoir fait ses études à l’Université d’Edimbourg.

En 1932-1933, il est à la tête d’une expédition dans l’Arctique canadien. En 1939, il est nommé superintendant de l’Observatoire de Kew Gardens, avant d’être mobilisé dans la Royal Air Force. En 1943 il a le rang de « capitaine de groupe » et devient conseiller en chef météorologique auprès du Commandant en chef  de la force alliée , le Général Dwight Eisenhower et  est désigné à la tête de l’équipe de météorologistes du projet Overlord.

Il a été anobli en 1954 et été directeur des services du Bureau Météorologique jusqu'à 1960. Il a été aussi président de la Société Royale Météorologique en 1959.

Il est décédé en Juin 1975.

 En 1971 il a publié  un livre sur la "prévision pour Overlord" ("forecast for Overlord" - Edition Ian Allan , 1971).

  

Pour illustrer cet article : deux images des cartes en surface anglaise et allemande ( merci à Météo-France !)