VISITE DU MUSEE JACQUEMART-ANDRE

(hôtel particulier du second Empire)

 

En passant sur le trottoir du Boulevard Haussmann, on longe un mur et l’on arrive à une belle entrée d’immeuble au numéro 158.

Rien de bien surprenant et cependant …

Par l’entrée qui monte en pente douce, l’on accède à une cour d’honneur à la façade magnifique. Nous pénétrons alors dans cet hôtel particulier, petit château en pleine ville.

Durant deux heures, nous allons visiter toutes les nombreuses pièces : c’est une maison de collectionneurs.

Fils d’éminents banquiers protestants liés aux intérêts des gros argentiers de l’époque – Péreire, Rothschild, etc… -, Edouard André, né en 1833 se destine alors à une carrière militaire, il devient officier de l’un des régiments d’élite au service personnel de Napoléon III. Mais plus enclin aux mondanités de la Cour qu’aux faits d’armes, il démissionne de l’armée en 1875.

A cette époque, très formé aux choses de l’art et entouré de connaisseurs pour mettre toutes les chances de son coté ,il inaugure son hôtel particulier. En 1881, il épouse Nélie Jacquemart, une jeune peintre, qui dès 1872 avait réalisé son portrait.

En 1894, à la mort d’Edouard, son épouse poursuit la tâche qu’ensemble, ils avaient commencée. Consultant les conservateurs du monde entier, elle acquiert des œuvres majeures du « 15ème siècle italien ». Elle termine l’aménagement de cet hôtel-musée, puis l’offre à l’Institut de France, à charge pour lui d’en faire un musée et de le laisser visiter. L’ouverture aura lieu en 1913.

 

En route pour la visite. Quelques marches, un vestibule, nous sommes accueillis par le portrait d’Edouard André en grand uniforme d’officier des guides de la garde impériale. Nous pénétrons dans une antichambre qui précède le grand salon, avec aux murs, Canaletto Boucher et ses nus magnifiques, les portraits de Rollin et  Nattier, vases de Sèvres …

Nous parvenons au salon central qui se distingue par son plan semi-circulaire. C’était le lieu d’accueil des invités. Sur la façade, c’est une vue surélevée sur le boulevard Haussmann ; en arrière, une galerie de sculptures avec d’illustres personnages : Henri IV y côtoie le marquis de Manguy, Lefêvre de Caumartin et bien d’autres, sculptés par les plus grands artistes de l’époque, Coysevox, Lemoigne, Houdin …

Nous arrivons au salon des tapisseries dont la particularité est d’avoir été dimensionnés aux œuvres qui l’habillent. Certain(e)s auront sans doute remarqué, sur un chevalet, un célèbre tableau de Guardi, rival de Canaletto, mais avec plus de chaleur et de sensibilité. Tapisseries de Beauvais magnifiques, meubles Louis XVI plaqués d’acajou de l’ébéniste Riesner.

Ensuite nous pénétrons dans ce qui fut le cabinet de travail d’Edouard André. Lieu de rencontre entre les époux et leurs fournisseurs. Lieu intime aussi puisqu’il y avait là un concentré de ce qui marquait leur préférences artistiques avec des meubles signés de l’ébéniste du roi Louis XV, un plafond de Tiepolo, Fragonnard et Hébert sur les murs, des sculptures de Falconnet qui travailla beaucoup pour Catherine II de Russie.

Succède un petit boudoir et une chambre réservée à Nélie Jacquemart : au mur, des œuvres d’Elisabeth Vigée-Lebrun, Jacques-Louis David, Alexandre Roslin, et un curieux cartel en bois doré à mouvement vertical d’époque Louis XVI.

Nous voici à la bibliothèque, peut-être, une salle de lecture. Les murs sont recouverts de tableaux de l’époque 1600-1700 : Van Dyck, Rembrandt, Philippe de Champaigne, Frans Hals, Jan de Bray, Van Ruysdael, etc …, de toute beauté, à vous couper le souffle : comme par exemple le tableau représentant les incomparables « pèlerins d’Emmaüs » d’une lumineuse interprétation par Rembrandt.

La musique a aussi son salon : vaste pièce , haute de plafond avec une mezzanine permettant de ne pas « mélanger » les invités et les musiciens ! Derrière ce salon de musique transformable en salle de bal, se trouve un curieux jardin d’hiver : c’est un lieu comme une serre, jardin intérieur où l’on vient quérir le silence et le calme ; ce mode d’espace végétal nous est venu d’Angleterre.

A la suite, une pièce dite“salon fumeur” lieu de rencontre et de repos essentiellement masculins ; ce lieu est encombré d’inestimables vases de Sèvres, des brûles-parfums asiatiques en émail cloisonné et aux magnifiques couleurs. Aux murs des tableaux de Reynolds et Gaisnborough, illustres peintres de l’école anglaises du 18ème siècle.

 

Par un escalier à double révolution nous montons à l’étage : l’architecte Henri Parent s’est surpassé, l’effet de légèreté et de beauté est saisissant. Sur les murs du palier, une fresque de Tiepolo ramenée d’Italie, découpée, prélevée, transportée et remise en place habilement donne à cette cage d’escalier une atmosphère de rêve. Le palier donne sur la mezzanine du salon de musique que nous suivons pour nous rendre au musée italien. C’est un bric à brac de Della Robbia, de verrerie de Murano, de céramique ; aux murs des tapisseries de Bruxelles du 17ème siècle dont une très belle représentation du “portement de la croix”.

Se succèdent, une salle de sculpture et l’atelier de peinture de Nelie. De là, nous parvenons à la Rotonde qui groupe les œuvres de l’école Florentine et Vénitienne : Donatello, Della Robbia, Dominico de Nicolot.

Nous parvenons à la salle Florentine, peintures des 15ème et 16ème siècle, Boticelli, Schiavo, etc … Succèdent une salle Vénitienne avec aux murs des tableaux de Bellini, Carpaccio, etc …

Nous arrivons alors dans les anciens appartements d’Edouard André et Nelie Jacquemart, là où ils vécurent au milieu de leur précieuse collection. Nous visitons la chambre de Madame, merveilleusement meublée (meubles Louis 16), puis une antichambre et la chambre de Monsieur avec des portraits de ses ascendants.

Signalons que l’actuel salon de thé n’est autre que l’ancienne salle à manger des anciens propriétaires, orné au plafond d’une fresque de Tiepolo provenant d’une villa romaine.

Un incroyable trésor en plein Paris au 158 boulevard Haussmann !

 

Jacques Decreux