Sortie des adhérents parisiens (13 mai 2003)

Sur les pas de Maeterlink et de Zola.

 

Il est des lieux de prédilection. A quelques dizaines de kilomètres de Paris, sur les bords de la Seine, Médan est l’un d’entre eux.

Ce petit village, qui doit compter une centaine d’habitants, a réussi à réunir un prix Nobel de littérature, Maeterlinck, et un non-prix-Nobel (de littérature aussi), ce qui rend peut-être encore plus grand son non-récipiendaire, Emile Zola.

C’est là que, grâce à notre ami Jacques Decreux, les adhérents de notre association se sont retrouvés ce matin de 13 mai.

 

La journée a commencé par la visite du château de Médan. Cette demeure, qui était à l’origine un pavillon de chasse, a un long passé littéraire. Après avoir été un lieu de rencontre des poètes de la Pléiade et particulièrement de Ronsard, il devint en janvier 1924 la propriété de Maurice Maeterlinck pour être plus tard offert par son épouse au propriétaire du journal Combat qui y installa l’imprimerie du journal. Médan est juste au-delà de la zone d’emprise du syndicat du livre !

 

Les problèmes que l’on sait, qui conduisirent à la faillite de Combat, firent de ce château une belle proie pour les promoteurs immobiliers. En effet, la veuve de Maeterlinck, l’actrice Georgette Leblanc, leur avait déjà vendu les terrains attenants et ils rêvaient de la détruire pour construire sur son emplacement des résidences qui auraient profité de cette vue imprenable sur la Seine.

 

Heureusement les propriétaires actuels réussirent à faire classer cette splendide demeure et, grâce à leur enthousiasme et surtout à beaucoup d’abnégation, ont fait de ce monument ce qu’il est aujourd’hui, un lieu de calme où chacun rêverait de vivre et de terminer ses jours.

 

Lors de la visite on peut, à l’aide des photographies prises avant le début des travaux, mesurer le travail accompli et rendre hommage au courage qu’il a fallu pour se lancer dans une telle aventure.

 

Pour en revenir à l’histoire du monument pendant la période « Maeterlink », on notera qu’il y fit construire un théâtre permettant à son épouse d’y donner des représentations. Certains prétendent que c’était pour elle le moyen d’être vue sur scène, mais nous ne suivrons pas ces mauvaises langues.

 

Maeterlinck y écrivit, entre autres, une grosse partie de ses textes d’entomologiste, « La Vie des Termites » (1927) et « La Vie des Abeilles » en 1930.

 

Maeterlink et son épouse avaient, au début de la guerre émigré, aux Etats-Unis. Le château fut alors occupé par les Allemands. A la fin de la guerre ils le trouvèrent dans un tel état qu’ils n’y réaménagèrent véritablement jamais.

 

Pour terminer cette visite la « guide-propriétaire » nous offrit un kir dans la cave du château.  Chacun d’entre nous ne peut que reconnaître l’enthousiasme la compétence et l’amabimlité de celle qui nous reçut.

 

Quoi de mieux que ce kir pour servir d’apéritif avant le repas pris dans un agréable restaurant en bord de Seine?

 

L’après midi la visite s’est poursuivie par la visite de la demeure d’Emile Zola.

 

C’est en mai 1878 qu’Emile Zola acquit ce que, dans une lettre à Flaubert, il qualifiait de « cabane à lapin ». Il est vrai que cette maison n’avait rien de commun avec le château que nous avions visité le matin.

 

D’ailleurs, peut-être de manière un peu méprisante, dans une lettre à un de ses amis, Maeterlink annonçant la venue à Médan de Zola, tenait à préciser qu’il ne fallait pas comparer les deux maisons !

 

Achetée grâce aux droits de l’Assommoir, cette propriété devait grandir au gré de la publication des vingt volumes de la série « Les Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale sous le second Empire ».

 

En 1879 la petite maison d’origine se voit adjoindre la « tour carrée », aussi appelée « tour Nana » où il installera son cabinet de travail.

 

En 1880 le petit jardin d’origine se transforme en un parc de cinq hectares en même temps que commence l’achat de l’île de Médan sur laquelle sera construit le « Paradou ».

 

De 1880 à 1883 il fait construire un pavillon pour y recevoir son éditeur Charpentier, une maison pour le jardinier et une ferme.

 

Enfin en 1885 il fait ériger, sur la gauche de « la cage à lapin », la « Tour Hexagonale ».

 

Bien entendu en même temps il meuble et fait décorer ces nouvelles constructions.

 

Il va partager sa vie entre son appartement de Paris et Médan où il s’installait dès l’arrivée des beaux jours et où il recevra tous ses amis Flaubert, Maupassant, Edmond de Goncourt, Huysmans, Hennique, Céard, Alexis, Paul Cézanne….Ce dernier, son ami d’enfance d’Aix-en-Provence,  profitera de ses séjours à Médan pour y peindre ses bords de Seine vus, en particulier, des terrasses du château de Médan.

 

Après « Les Rougon-Macquart » qu’il termine en 1898, c’est à Médan qu’il écrira « Les Trois Villes » et « Les Quatre Evangiles », l’essentiel de son œuvre théâtrale, et ses livrets d’opéra.

 

C’est aussi de Médan, qu’il lancera, le 13 janvier 1898, son « J’accuse ! », titre que Clémenceau, qui dirigeait alors l’Aurore, donna à sa « Lettre à M.Félix Faure, Président de la République, pour défendre Dreyfus ».

 

Cela conduisit à sa condamnation à un an de prison et à 3000 francs d’amende. C’est de Médan qu’il s’enfuit en le 18 juillet 1898 vers l’Angleterre où il résida jusqu’au 5 juin 1899.

 

A Médan, en 1888, il s’éprend de Jeanne Rozerot, la lingère engagée par son épouse. A partir de ce moment il mènera deux vies parallèles, d’abord à l’insu de son épouse puis avec son assentiment.

 

Pendant ses séjours à Médan, Jeanne Rozerot et les deux enfants Denise et Jacques qu’elle eut avec Zola, séjourneront à Verneuil sur Seine où leur père leur rendait visite quotidiennement, accompagné de son chien.

 

 Le 28 septembre 1899 il rentre avec son épouse à Paris pour y passer l’hiver, comme il le faisait tous les ans. C’est le lendemain qu’on le trouvera mort, intoxiqué par les émanations d’oxyde de carbone émis par le feu qu’il avait fait allumer dans la cheminée. Son épouse pourra être réanimée.

 

Ainsi disparaissait Zola le non-académicien et le non-prix-Nobel !

 

Craignant de ne pas pouvoir assurer les charges financières que Médan entraînait, en 1903 elle vend une partie des meubles et trois hectares de terres, puis elle fait don de la maison et d’un hectare de terrain à l’Assistance publique, pour y installer une pouponnière pour enfants convalescents.

 

Après un certain nombre de changements d’affectation des locaux par l’AP, le projet, formulé en 1939 par sa fille Denise Leblond-Zola, de créer un musée, aboutit à la constitution en 1984. de l’Association du Musée Emile Zola. La Maison d’Emile Zola est inaugurée le 6 octobre 1985.

 

Cette visite a été appréciée par tous les participants et pourrait être le début d’une série de visites similaires rendues aux multiples sites des Yvelines où ont vécu des écrivains, des peintres ou des compositeurs.

A bientôt donc…..