Hommages à Robert Viguier

 

Nous étions nombreux, le 6 septembre, à l’enterrement de notre camarade Robert Viguier décédé le 1er de ce même mois.

Très conviviale, cette cérémonie a permis à chacun d’entre nous de revivre les meilleurs moments passés avec Robert, que ce soit à différentes périodes de nos carrières respectives, à l’occasion de rencontres familiales ou au sein de l’Association qu’il a souvent animée, en particulier en brillant organisateur des rallies promenade.

Robert Viguier, né en 1918, a rencontré la météorologie au Fort de Saint Cyr, en 1938, en tant que deuxième classe. Il y est affecté à la station de radio sondage, alors la première en Europe.

En 1939, au cours d’un périple épique, qu’il se plaisait à raconter, il rejoint d’autres radio sondeurs à Bordeaux. Ils subtilisent à la barbe des Allemands un stock de matériel qui permettra d’effectuer des sondages jusqu’en 1942.

Il rejoint ensuite l’Afrique du Nord où, en Tunisie, il sert sous les ordres d’André Perlat, chef de la Section de l’Office National de la Météorologie (ONM) dans ce pays.

Lorsque les Allemands atterrissent à El Aouina, il participe à l’exode vers l’ouest qui les mène, avec toute la section au Kef, après une brève incursion en Algérie, à Tébessa, où il subit les bombardements Italiens.

Devenu, avec tous ses collègues, « affecté spécial » il a enfin une existence administrative, ce qui résout au moins les problèmes financiers.

Jusqu’à la libération de la France il vit la vie de tout météorologiste : observations, protections aéronautiques, prévisions pour les opérations etc.

Rentré en France il est intégré en 1948, dans les corps techniques, nouvellement créés, de la Météorologie Nationale et jusqu’en 1954 il occupe plusieurs postes dans les détachements météorologiques de l’Armée de l’Air.

Affecté à la Division Prévision, dirigée par Robert Pône, il participe à l’aventure de la construction, puis à l’installation, du KL901 de la Sneri, filiale de Thomson.

Il devient alors responsable de la maintenance du « calculateur électronique », comme on disait à l’époque, l’« ordinateur » n’étant pas encore de mise.

C’est là que je le rencontre pour la première fois, en 1963, et je me souviens encore de l’accueil chaleureux qu’il réserva au novice dans le domaine de l’informatique que j’étais.

Nous allions travailler ensemble jusqu’à mon départ en Angleterre en 1974.

Il me suit au Centre d’Etude et de Traitement de l’Information (CETI), lorsqu’il est créé et que j’en prends la direction.

Il devient alors chef d’Exploitation et me sera, grâce à ses qualités humaines et à son expérience des situations difficiles, d’un secours inestimable dans la mise en place des nouveaux ordinateurs. En particulier il résout parfaitement bien tous les problèmes d’environnement : climatisation, alimentation électrique etc. sans lesquels l’ordinateur ne pourrait pas être opérationnel.

Le système étant rentré en exploitation de routine il devient responsable de la Section Administration du CETI où son passé technique lui permet de trouver les bonnes solutions aux problèmes difficiles, en particulier sur le plan financier.

Il reste à ce poste jusqu’en juillet 1981, date de sa retraite qu’il prend en tant qu’Ingénieur Divisionnaire de Travaux Météorologiques.

Robert Viguier était Chevalier de la Légion d’Honneur.

Que son épouse, ses enfants, petits enfants et arrières petits enfants, voient dans ces quelques mots l’expression de notre hommage à un camarade exceptionnel. Ils peuvent être fiers de l’homme que fut Robert.

 

Jean Labrousse

 

Le premier septembre 2005, Robert Viguier nous a quittés …

Et pourtant, il laissera le souvenir du besoin de communication et de rencontre. C’est en 1941 au Maroc que nous nous sommes rencontrés pour la première fois. Quand je suis arrivé au poste météo de Rabat Salé, il avait pris quelques jours de vacances pour entreprendre, à vélo, son grand plaisir, le tour du Maroc. Il faut savoir que dans son adolescence, il a sillonné la France, avec son ami Fontaine et il m’a montré une carte Michelin surchargée de rouge, indiquant la quantité surprenante des routes qu’ils ont sillonnées.

Dans ce tour du Maroc, à chaque étape, il aimait faire la rencontre et la connaissance de collègues météo et en particulier ceux du groupe Z, repliés comme moi en 1940 en Afrique du Nord. Il les connaîtra tous, ceux de Casablanca, Mogador, Agadir, Marrakech et même l’ami Bouvier et sa basse cour au Tizintest, pour finir par Meknes, Fez et Port Liautey. Que de coups de pédales, sans compter les difficultés de l’Atlas. Il était connu partout et sa gentillesse légendaire devait en réunir quelques uns le Noël 1941 à Rabat dans un repas de fête et de camaraderie inoubliables. Je me souviens de Gandemer, Dupuy, Leleu, Chantorsky, Thire, Bouvier et ses œufs, mais ma mémoire ne me permet plus de les citer tous.

 Le matin à la cuisine de la base militaire de Rabat, je venais chercher le broc de café pour le service à nos camarades du poste, en commençant toujours par Robert, qui appréciait beaucoup cette marque d’amitié. Depuis cette époque de fraternité nous avons conservé l’un pour l’autre une grande amitié et une affectueuse relation. C’est lui qui m’a incité et parrainé pour faire parti de l’AAM  en entrant au bureau, sous la direction du Président Monsieur Brochet et où il occupait le poste de responsable de l’ordinateur, en créant le fichier qui devait être ensuite repris et amélioré.

La communication était dans sa nature afin de partager.

Robert Viguier, mon copain depuis 64 ans nous a quittés …

 

Raymond Alba